Qui est Saint Matthieu ?

 

Père Jean Radermakers sj, IET Bruxelles Vives"


 

Lire l'évangile selon saint Matthieu

 

À vrai dire, nous connaissons peu le Matthieu historique. La tradition chrétienne l’a très tôt identifié avec l’apôtre Lévi dont son évangile raconte la vocation, comme ceux de Marc (2,13-14) et de Luc (5,27-28), mais lui seul l’appelle Matthieu (9,9) et en souligne la profession (10,3) : publicain, ou percepteur de l’impôt romain sur la population juive

 

 

L’évangéliste

 

Son évangile nous parle de ce qu’il fut comme porte-parole du message de Jésus. La composition de son ouvrage est éloquente sur ce point. Il est le seul à présenter une succession de discours de Jésus, suivis de gestes concrets ou de démarches qui traduisent au concret ses enseignements. En bon juif, il reprend un schéma courant dans la Bible, où Dieu dit ce qu’il va faire avant de faire ce qu’il a dit ; ce schéma a donné dans les communautés chrétiennes la structure de la célébration eucharistique : la Parole et le Pain.

 

Lorsque Jésus enfant ne peut encore parler (chap. 1-2), Matthieu convoque les prophètes qui ont annoncé le Messie et en donnent les titres majeurs : Emmanuel, Chef-pasteur, Fils de Dieu et Peuple d’Israël, Nazaréen. Ensuite, nous voyons Jésus, précédé par le Baptiste, entrer dans sa vie publique (chap. 3-4), pour «accomplir toute justice» (3,15). D’emblée, Jésus apparaît alors au milieu de ses disciples comme celui qui enseigne sa communauté, qu’il va fonder et organiser. C’est d’abord le sermon sur la montagne (chap. 5-7), où, comme en un nouveau Sinaï, Jésus énonce les principes de base du Royaume des Cieux, une vraie charte du bonheur pour les hommes : béatitudes promises à ceux qui entrent avec Jésus dans l’accomplissement de la Torah ; piliers de l’observance juive que sont le jeûne, la prière et l’aumône ; pratique vivante où les actes vérifient les paroles. Après ce discours inaugural, Jésus lui-même va réaliser ce qu’il a proclamé par dix gestes de guérison comme Serviteur, Médecin et Époux (chap. 8-9). L’étape suivante est marquée par un discours missionnaire (chap. 10) par lequel Jésus envoie ses apôtres pour prêcher la paix et guérir, en se conformant à l’agir de leur maître. On s’attend à les voir démarrer la mission, mais c’est Jésus qui part (chap. 11-12), recueillant lui-même le refus et la persécution, faisant ainsi percevoir aux siens la nécessité d’un discernement constant et d’une disponibilité toujours ouverte. Qu’est-ce que le Royaume des cieux ? Jésus l’explique dans un discours en paraboles (chap. 13) : mystère de croissance comparable à la semence, au levain, au grain de moutarde ; mystère qui demande de tout lâcher pour trouver le trésor, la perle rare, le filet rempli. Interpellation intime : Comprenne qui a des oreilles ! À partir de là, Jésus va patiemment construire sa communauté (chap. 14-17) qu’il appelle église en la confiant à Pierre : lieu de rassemblement autour de l’Eucharistie et découverte de la liberté des enfants de Dieu dans la transfiguration du Fils bien-aimé. Le moment est venu de fonder au concret la communauté des disciples. Le discours communautaire (chap. 18) en établit les fondements. Découvrir d’abord l’enfant, le pauvre, qui en est le centre vital ; respecter le petit, c’est percevoir en lui la présence vivante de Jésus, d’où la dignité absolue de chaque personne à sauvegarder, à ne pas perdre. Ensuite pardonner inlassablement, car le frère est don de Dieu. Nous ne pouvons faire obstacle au pardon et l’empêcher d’atteindre, à travers nous, le frère fautif. Établir pareille communauté n’est pourtant pas à taille humaine (chap. 19-22) ; les disciples s’aperçoivent vite de l’impossibilité de la tâche : l’amour mutuel, la pauvreté, le détachement des biens ne sont pas à notre portée. La foi est requise, qui est attachement indéfectible au Maître. Une réponse ferme et un engagement inconditionnel sont demandés au disciple. Mais — contrepartie des Béatitudes —, l’agir de l’homme n’est pas ce qu’il devrait être (chap. 23). Jésus démasque et conteste l’hypocrisie des pharisiens d’autrefois comme de leurs imitateurs d’aujourd’hui. Le Royaume est un don à recevoir. La mission de Jésus aurait-elle échoué à cause de la défection des hommes ? Au contraire, prenant résolument la route de Jérusalem avec ses disciples, il leur adresse le discours sur la venue du Fils de l’homme dans l’Église et dans le monde (chap. 24- 25). Le vrai temple où Dieu est rencontré, c’est sa personne, qui va relever les ruines des sociétés humaines et enfanter le Royaume. La condition est de risquer sa vie pour Celui qui la donne, se porter à la rencontre de l’Époux, engager les talents confiés par le Maître, reconnaître le Roi présent dans le petit, le pauvre, le malade, l’emprisonné. Utopie ? Ou bien réalité à construire dans une fidélité allant jusqu’à la mort (chap. 2627) ? Mourir pour les siens, c’est mourir en chacun des siens : Corps livré, sang versé. La communauté est à ce prix, car la croix est chemin de grâce. L’avènement du Fils de l’homme se déroule dans le présent de l’histoire par la résurrection du Vivant. La vigilance devient le climat de discernement de la vie quotidienne. Partant dans le monde entier, le disciple aura à assumer ses responsabilités et «plonger les hommes dans l’intimité du Père, du Fils et de l’Esprit saint» (28,19).

 

 

Le fils d’Israël

 

L’évangile de Matthieu représente le témoignage d’une communauté judéo-chrétienne vivante établie dès la fin du Iier siècle en Galilée du Nord et en Syrie méridionale. Il s’achève par la proclamation de la mission universelle qui réalise la promesse faite à Abraham : «En toi se béniront toutes les nations de la terre» (Gn 12,3). Désormais la puissance agissante du Ressuscité est disponible à tous et s’étend à tous les moments de l’histoire humaine. Effectivement, Matthieu est l’évangéliste de la communauté. Les cinq discours de Jésus, écho des cinq livres de la Torah, constituent l’enseignement du Ressuscité à son Église envoyée par le monde. Matthieu présente Jésus comme le Messie attendu par Israël et annoncé par les Écritures. Sa venue en son peuple est l’événement à partir duquel tous les faits historiques prennent leur sens ultime. La «justice surabondante» (5,20) qu’il requiert de ses disciples radicalise les prescriptions de la Torah et instaure au sein de la communauté les rapports fraternels recommandés par le Lévitique : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Lv 19,18). La commune relation au Père crée la communion fraternelle et son authenticité se mesure aux actes. Le service pastoral dans l’Église est confié à chacun des membres. Tous y sont appelés : pécheurs pardonnés, ils sont gardiens de la miséricorde divine par une attention à chacun dont tous sont responsables. Ainsi l’Église poursuit la vocation d’Israël dont elle manifeste la visée universelle. Elle témoigne que la promesse se trouve accomplie en Jésus, présence du Royaume, à charge de l’annoncer à l’humanité. L’Israël historique, bien que fermé encore à cet accomplissement, garde sa fonction de veilleur. Il rappelle à l’Église qu’elle ne peut s’installer ici bas et qu’elle doit se garder de l’idolâtrie toujours prête à resurgir. L’évangile de Matthieu invite son lecteur à reconnaître Israël comme son frère aîné et à vivre en Christ la communion à tous ses frères humains. Tel est son message.

Article du Père Christophe Disdier-Chave

Le projet de loi sur l’élargissement de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes

 

 

 

                              La mesure « emblématique » de la prochaine révision des lois de bioéthique, dont l’examen devrait commencer le 24 septembre prochain à l’Assemblée Nationale, est l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes seules hors de toute infertilité, mais aussi aux couples de femmes homosexuelles. Pour l’instant, les techniques de PMA sont réservées aux couples hétérosexuels « afin de remédier à l’infertilité ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à l’un des membres du couple une maladie d’une particulière gravité. Le caractère pathologique de l’infertilité doit être médicalement diagnostiqué » (art. 2141-2 du code de la santé publique révisé en 2011).

 

Cette mesure suscite de vifs débats et demeure fort controversée. Elle pose des questions de fond aux citoyens que nous sommes. Dans notre société laïque et pluraliste, les questions que nous nous posons, et que nous devons poser au législateur concernant l’extension de la PMA à toutes les femmes (concrètement dans notre département, questions à poser à nos deux députées et à notre sénateur), ne doivent pas être abordées par l’angle de la foi ou présupposant un acte de foi chez nos interlocuteurs mais au moyen d’arguments rationnels pouvant être reçus par toute personne indépendamment de ses croyances ou de ses convictions personnelles. Les questions bioéthiques sont des questions qui se posent à tous les membres du corps social. Comme chrétien, nous appartenons à ce corps social et nous avons le droit, et le devoir, d’interroger et de participer aux débats citoyens.

 

Le désir d’enfant et la souffrance de ne pas en avoir est une question réelle et légitime, s’ils doivent être entendus et accompagnés, ils doivent aussi être interrogés. Le désir et la souffrance ne créent pas d’obligation à y répondre à tout prix. Il ne s’agit pas ici de juger des intentions des personnes, ni de nier les qualités affectives et éducatives des femmes qui élèveront seules ou en couple de femmes un enfant ! Mais il faut savoir s’interroger sur ce qui est en jeu dans l’extension de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. La bonne volonté et l’amour ne sont pas suffisants pour l’éducation d’un enfant ! Quelles sont les conséquences de cette possible décision à court, moyen et long terme, sur les personnes et le corps social tout entier ?

 

Alors que depuis plusieurs années déjà, psychologues et éducateurs insistent sur la nécessité et l’importance de revaloriser la figure paternelle (importante pour l’identité sexuée, le sens de la loi et l’autorité), le projet de loi écarte délibérément le père, suggère que sa présence est contingente. Nos parlementaires ne sont pas des gens « hors sol ». Ils vivent dans cette société ou, notamment les éducateurs, notent les conséquences néfastes de l’absence du père liée à un « accident » de la vie : séparation, décès. Une chose est de faire face à ces situations douloureuses, une autre en en de les créer ! Que vont penser celles et ceux qui connaissent le drame humain d’avoir perdu leur père ou ne pas le connaître lorsque la loi va rendre possible et légaliser un tel droit ? «Le père tient un rôle essentiel auprès de l'enfant... L'influence du père est une rampe de lancement vers les autres… Le père joue également un rôle dans la construction du langage. Lorsque l'enfant apprend à parler, les pères utilisent un vocabulaire plus sophistiqué et formulent plus de demandes de clarification : « Que dis-tu ? Je n'ai pas compris. » Le père est un partenaire plus difficile, obligeant l'enfant à se faire comprendre par d'autres interlocuteurs que la mère… Les pères encouragent plus les enfants que les mères, les gratifient moins, posent davantage de défis. Ils incitent l'enfant à résoudre lui-même un problème. Les bénéfices d'une telle relation sont grands pour l'enfant, mais aussi pour le père… Leur maturité s'accomplit lorsqu'ils donnent la vie et font grandir un autre. » (Le vrai rôle du père ; Jean Le Camus).

 

Une complète inversion du rôle des médecins Les médecins sont transformés en prestataires au service de demandes individuelles qui n’ont rien à voir avec la prise en charge de pathologies réelles. Beaucoup de points demeurent en suspens, notamment la question du remboursement ou non par notre système social.

 

 

 

La marchandisation du corps : Aujourd’hui le don des gamètes masculins est insuffisant pour les demandes de couples hétérosexuels infertiles. L’ouverture de la PMA à toutes les femmes va aggraver cette pénurie. Solution : renoncer à la gratuité et passer à la vente pour encourager le don devenu vente. Mais ceci remettrait en cause un principe fondamental des lois bioéthiques : le principe de gratuité et comporterait le risque de multiplication des enfants d’un même vendeur dès lors que la fourniture de sperme deviendrait un revenu

 

 

 

Notre société ne se rend même plus compte de ses contradictions et de ses incohérences :

 

-On affirme tout à la fois l’importance et la nécessité de restaurer la figure paternelle et, en même temps, on efface le père dès la gestation et la naissance.

 

-On promeut l’acceptation, l’accueil et la tolérance de toutes les différences et, en même temps, la différence est refusée à l’enfant qui naîtra dans un couple de femmes. Certes la différence ne se résume pas à la différence des sexes mais la différence sexuelle en est la première marche d’accès. « La différence des sexes est la différence qui tranche sur toutes les autres différences », affirme la philosophe Luce Irigaray

 

-On permet l’accès des femmes seules ou en couple homosexuel d’avoir un enfant « sans » père et, en même temps, sera peut-être levée l’anonymat sur le don des gamètes (sperme) ce qui permettra à l’enfant, à sa majorité seulement, de retrouver son géniteur biologique.

 

-Le  droit international a promu les droits de l’enfant (Convention internationale des droits de l’enfant de l’ONU), et en même temps, on va priver l’enfant du droit de connaître ses parents (mère ET père) et d’être élevé par eux. Il sera élevé soit par une femme seule soit par deux femmes. Comme l’écrit la psychologue, Anne Mortureux, « ce qui me frappe c’est que l’on donne toute la place à ce désir d’adulte d’avoir un enfant, alors que la vie consiste à conjuguer notre désir avec d’autres considérations, en l’occurrence les besoins de l’enfant ».

 

A l’approche du projet de loi les ministres affirment avec force que l’extension de la PMA aux femmes seules ou en couple homosexuel n’est pas la porte ouverte à la gestation pour autrui ! Mais qui peut sérieusement le croire ? L’extension de la PMA à toutes les femmes « s’inscrit dans une revendication de liberté et d’égalité » a déclaré le comité national d’éthique. Il est évident que très vite les hommes seuls ou vivant en couple demanderont le même droit d’avoir un enfant au nom de leur liberté et de l’égalité entre tous les citoyens. La PMA étendues à toutes les femmes est la porte ouverte à la GPA ! 

 

Je laisse la conclusion au Cardinal Louis-Marie Billé qui fut archevêque de Lyon dans une conférence que j’ai entendue en 2000 : Les positions que prend l’Église dans un certain nombre de domaines touchant la vie, l’amour ou la mort, paraissent à ce point en décalage par rapport à l’opinion majoritaire que des chrétiens seraient tentés de réagir sur le mode : « Si seulement l’Église cessait de prêcher la morale, on pourrait enfin annoncer l’Évangile. » Mais ce n’est évidemment pas si simple. Comment les disciples du Fils de Dieu fait homme se désintéresseraient-ils de l’homme, de sa vie, de son avenir ? Nous n’avons certes pas à faire comme si en tout domaine il nous fallait forcément prendre le contre-pied de notre société. Mais il y a des moments où il faut savoir dire : « Attention… » devant certains comportements, certaines opinions, certaines législations. Cela n’exclut ni la patience, ni le temps de l’accompagnement, ni le respect dû au cheminement de la conscience, cela exclut encore moins la miséricorde, mais cela appelle la clarté, la liberté intérieure, la charité pastorale, le sens vrai des personnes.

 

 

Père Christophe Disdier-Chave, vicaire général

 


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